19.10.2009

Renaud Camus Journal 2006 , une "cure d'altitude morale"

Découvrant l’appréciation de Marcel Proust sur Maurras « une cure d’altitude morale », je me disais que je pourrais plagier cette sentence pour exprimer ce que je ressens en lisant les journaux de Renaud Camus qui se rêve inspirant l’auteur d’un roman policier pour un personnage qui serait un « vieil écrivain bougon atrabilaire dans un château perdu » 

Est-ce mon meilleur journal se demande-t-il à la fin de son Journal2006 L’isolation : je ne sais pas. En fermant le volume, je me suis dit que si le « cru » 2006 ne m’a pas plus intéressé que les précédents, il m’a, en revanche, touché.  « Que le monde se débrouille sans moi ! Pour ce qu’il m’écoute, de toute façon ! «  écrit-il le 1er février constatant son relatif isolement, cultivant la nostalgie d’un monde qui évolue, prenant conscience de l’irréversibilité du changement se fait plus forte, la colère se fait moins vive, moins douloureuse.

Parfois, sa plainte semble excessive. Lorsqu’il dénonce les nouvelles constructions dans les banlieues des villes (ne sont-elles pas inévitables ?). Lorsqu’il constate la petite-bourgeoisisation menant inévitablement prolétaro-clochardisation d’une partie de la société.

Parfois, on a envie de s’associer à Renaud Camus lorsqu’il pourfend la massification de l’accès à la culture, aux diplômes «  … que tout le monde ait accès à la culture et à la connaissance, et même aux diplômes, c’est-à-dire qu’il n’y ait plus de culture, plus de connaissance, plus de diplômes ayant un sens et une portée. » (18 août), aux musées « où les foules viennent se contempler elles-mêmes et où le seul exclu , c’est l’amateur de jadis, le paisible amoureux de la peinture, le savant, l’érudit, l’habitué » (24 mai).

Plus largement, il dénonce à l’envie toutes les conséquences de ce qu’il aurait pu appeler le mal démocratique. Ainsi, le 28 août, il écrit : « l’identité des anciennes nations européennes n’a plus de défenseurs parce que ce qui faisait leur spécificité et leur valeur a été emporté par la lutte « démocratique » (c’est R. Camus qui place les guillemets) contre les privilèges. »

10.10.2009

France musique et le jazz

Je regrettais qu'à la diffusion d'un concert de "musique classique" succède une émission de jazz sur France Musique lorsque je lus ces phrases de Renaud Camus dans son journal de 2006, L'isolation

Vendredi 13 octobre : "Personnellement, je n'ai jamais compris pourquoi les stations de radio et les chaînes de télévision spécialisées s'obstinaient depuis toujours, ou presque, à associer la musique "classique", comme ils disent, et le jazz qui me semblent relever de deux goûts, de deux conceptions musicales et presque de deux conceptions du monde sans rapport les uns avec les autres."

Renaud Camus reconnait plus loin sa marginalité " des centaines de milliers de personnes semblent bien éprouver en effet ces deux intérêts dans la vie".

Je ne rejoins pas Renaud Camus dans sa détestation radicale du jazz, mais je partage son sentiment que France Musique comme France Culture sont détournées de leur vocation initiale avec l'accord "hypocrite" du public.

23.02.2009

Le Journal de Renaud Camus - les livres, leur rangement

Le rangement de sa bibliothèque et de son bureau est un thème récurrent dans le Journal de Reanud Camus.

La pose de rayons supplémentaires par un artisan local lui offre la possibilité qu’il ne manque de saisir à plusieurs reprises d’écrire les sentiments que lui inspirent l’esprit de négligence et l’absence du souci du respect du client qu’il  constate chez ses interlocuteurs (son Journal est également riche de constats aigres sur ses relations avec certains de ses éditeurs). À côté de ces longues déplorations, il y a quelques observations qui me ravissent :

« Toute bibliothèque, à moins de ne pas évoluer du tout,  oscille en permanence entre ces deux maux, trop de livres pour l’espace disponible (le plus courant), trop d’espace pour le nombre de livres (c’est moins grave et, dans notre cas, certainement provisoire). »

« Je pense souvent à cet  ami de Jean Puyaubert qui avait été chassé de chez lui par les livres – un beau soir, lassé d’avoir à dégager son lit, il était allé coucher à l’hôtel et n’en était pas revenu ».

Pour tout amoureux de livres, le rangement et le manque de place constituent un tracas (presque) quotidien. Je ne suis pas certain que la résolution prise par un ami de Georges Pérec qu’il cite dans son livre Penser/Classer de ne conserver que 361 livres dans sa bibliothèque permette de s’épargner ces tourments. Quel livre sacrifié ? Quelle méthode pour comptabiliser le nombre de livres ? Car il faut trancher entre la « division intellectuelle » et la « division intellectuelle » des ouvrages, entre les tomes et les volumes. Comment compter Les Mémoires en quatre volumes de xxx : un ? quatre ? Et quatre romans regroupés en un seul volume : un ? quatre ?

19.02.2009

Le Journal de Renaud Camus - quelques gouttes de vinaigre

Le Journal de Renaud Camus est une longue protestation mélancolique et douloureuse contre (j’éviterais le mot « la modernité ») le monde tel qu’il va, tel qu’il dérive, dirait-il probablement, principalement sous les effets de ce qu’il nomme la « dictature de la petite-bourgeoisie ».

« L’Histoire (fin de la France, dilution du peuple français, extinction de la culture française, etc.), et la Géographie (disparition de la campagne, massacre du paysage, banlocalisation générale, etc.) » sont les grandes victimes de nos temps modernes tels que les voit Renaud Camus.

Je le soupçonne parfois de se complaire dans son exaspération, d’en faire une matière littéraire.  Je l’approuve lorsqu’il dénonce certaines « dérives » comportementales dans les lieux publics, l’utilisation abusive (et quasiment exclusive) du tutoiement, par exemple, mais quand son « ressassement gâteux » confine à la misanthropie ces propos me semblent moins justes parce qu’excessifs.

L’attitude de Renaud Camus semble s’approcher de la définition que Charles Dantzig donne du réactionnaire dans son Dictionnaire égoïste de la littérature française dans son article consacré à Joseph de Maistre : « Les réactionnaires sont des gens qui ont le goût du vinaigre et veulent forcer les autres à en boire ».

Pour ma part, je confesse éprouver une certaine sympathie pour ces amateurs de vinaigre même si j’en fais une consommation modeste.

29.12.2008

Renaud Camus Journal 2005

Parcouru les trois premiers mois de l’année 2005 où l’on retrouve les thèmes récurrents du Journal de Renaud Camus : les difficultés financières et les discussions souvent anxieuses avec les éditeurs ; les regrets inspirés par l’étiolement des codes de politesse ; les manquements à la syntaxe notamment des journalistes de France Culture ; l’ostracisme réel ou supposé lié à ses positions jugées antisémites dans son journal de l’année 2000. Même si ces pages seront considérées par des esprits fâcheux, prompts à traquer la moindre pensée supposée réactionnaire comme une longue (et coupable, forcément coupable) série de « ramassis de vieilles obsessions ridicules, ressassements gâteux, anthologie d’aigreurs vétustes », elles me procurent un plaisir immense, même si parfois « le syndrome de la page bouffie, trop pleine », comme Renaud Camus reconnait en être sujet , me lasse un peu.

Ses attaques contre la « classe unique prolétaro-petite-bourgeoise » sonnent souvent juste quand elles décrivent les nouvelles règles de vivre ensemble (qui sont souvent des règles de non-respect d’autrui) ou l’esprit d’abdication de la culture classique devant la construction d’un ensemble multiethnique et multiculturel qualifiée de « tâche historique de la petite-bourgeoisie » (dont la prétention présidentielle d’épargner aux candidats à des postes de fonctionnaire des questions relatives à la culture (ce qui est en dit long de l’esprit de résignation et de défaite volontaire d’une grande partie des élites (même les moins suspectes d’appartenir à la bonne « pensance » inrockuptible)) est un des exemples les plus tristement fameux).

Parmi les quelques notes prises, je consignerai ici ceci : 

- cette évocation de sa bibliothèque (que je ne peux m’empêcher de reprendre): « Énormité (relative) de ma bibliothèque qui est certainement un des poids les plus lourds de mon existence, et c’est en partie à cause d’elle que je suis ici. » J’ai à l’esprit la photographie de sa bibliothèque dans le château de Plieux, une longue pièce bordée de bibliothèques aux rayons lourds de livres.

- Une référence très courte au 21 janvier dont il dit que c’est « une bien mauvaise date » sans en expliciter les raisons. Chacun l’entendra comme il lui plaira (ou déplaira).

- et, pour un lecteur probable de cette note je reproduis cette phrase sans autre commentaire : « Ainsi une vendeuse de magasin n’aurait-elle pas envisagé de sortir dans la rue « en cheveux » parce que, comme les bourgeoises, elle se distinguait par là même des ouvrières et des filles de mauvaise vie. »