15.02.2009

Délivrance de Livaneli

Il est des livres que l’on repose parce que l’intrigue nous ennuie, le style nous déplait ; il en est d’autre que l’on referme parce que l’on n’ose pas en poursuivre la lecture. Délivrance, roman de Livaneli, écrivain turc mais aussi auteur, compositeur de chansons et ambassadeur de bonne volonté à l’UNESCO, appartient à cette deuxième catégorie. Moins d’une centaine de pages avant la fin, j’ai refermé le livre craignant que les derniers chapitres ne gâchent l’immense plaisir atteint. Délivrance trace l’histoire de trois personnages : une jeune femme originaire de l’Est de la Turquie, violée par son oncle, promise à la mort pour laver la souillure tombée sur la famille ; un jeune soldat combattant les kurdes, cousin de la précédente, qui aura la mission de tuer la jeune fille ; un professeur d’université à Istanbul fuyant sa famille, sa profession et la mélancolie turque que d’autres écrivains ont si bien décrite. La première se croit vouée à un malheur éternel et que Dieu ne l’aime pas, le deuxième est tiraillé entre l’observation des traditions familiales et un sentiment d’humanité, le troisième parait fuir sa propre fuite. Livaneli décrit le mal être de ses trois personnages sans chercher à abuser de la sensibilité du lecteur. Le roman atteint un degré élevé de réussite lorsque les trois personnages se rejoignent et voguent sur un voilier sans destination précise. La jeune fille enlève son voile que le vent emporte au loin avec la complicité du professeur. Le roman aurait pu s’arrêter à ce moment. J’ai cru que les personnages étaient enfin « délivrés » de tout ce qui les empêchait d’être heureux. Mais le message de Livaneli est que la délivrance n’est pas si aisée. La jeune femme et les deux hommes se heurteront encore violemment à leur passé, à leur présent avant de trouver une nouvelle voie que le lecteur espère définitivement meilleure. C’est ce que nous suggère l’auteur. La dernière phrase concerne Meyrem, la jeune femme, doublement victime et du viol et du poids de la tradition : « Meyrem pensa que,désormais, Dieu l’aimait. »

10.02.2009

Un garçon parfait de Alain Claude Sulzer

C'est la curiosité qui m'a empêché d'abandonner la lecture de ce roman, la curiosité de découvrir ce qui pouvait justifier la décision des membres du jury du prix Médicis de lui accorder le prix Médicis étranger tant l'intrigue me parut peu intéressante et le style médiocre. Il fallut que j'atteigne le chaptire 10 (sur 13) pour que, soudain, une lueur de plaisir vienne illuminer ma lecture, chapitre dans lequel l'auteur donne à un de ses trois personnages principaux une épaisseur convaincante. Un souffle agréable court dans les trois derniers chapitres qui font regretter que l'auteur n'ait pas eu la même inspiration dans les neuf premiers. Pour autant, le prix accordé ne me semble pas justifié. Un livre rangé à jamais dans ma bibliothèque.

13.01.2009

Syngué sabour de Ariq Rahimi

Le prix Goncourt remporté par ce roman n’est pas immérité. Le livre est très poétique, de cette poésie particulière aux Orientaux. Cette qualité d’écriture est mise au service de l’histoire terrible d’une jeune afghane dont le destin est marqué par les conditions très particulières – et pour nous choquantes - faites aux femmes dans les pays où sévit le fondamentalisme islamique. Je ne suis pas certain qu’un homme occidental puisse accéder à tout ce qu’a voulu exprimer l’auteur. Exprimer ou faire sentir. Car un personnage et une phrase invitent à penser que les hommes sont aussi les victimes des extrémistes, des terroristes. Le personnage est ce jeune combattant qui subit les sévices d’un homme plus âgé. Cette phrase est : « quand c’est dur pour les femmes, ça devient dur pour les hommes».