30.12.2008

Aragon - La Semaine Sainte

Assez étrangement, je n’ai jamais lu le roman d’Aragon, la Semaine Sainte, alors que j’ai lu avec plaisir Les cloches de Bâle, Les voyageurs de l’impériale, Les beaux quartiers, lu et relu Aurélien dont la première phrase est un de mes incipits favoris « La première fois qu’Aurélien vit Béatrice, il la trouva franchement laide ». Cette lacune était d’autant plus étrange que je suis passionné par la période qui commence en 1814, date du retour des Bourbons après l’abdication de Napoléon Ier, et se termine en 1848, date de la chute de Louis-Philippe. La publication du quatrième tome des Œuvres romanesques d’Aragon dans la bibliothèque de La Pléiade me permet de réparer ce manque.

Ce roman se déroule pendant la semaine sainte de l’année 1815, année où le dimanche des Rameaux marqua à la fois le début du printemps et le départ des Tuileries du Roi Louis XVIII à l’approche de Napoléon, volant, comme le chante la tradition bonapartiste, de clocher en clocher depuis l’île d’Elbe jusqu’à Paris. Aragon a écrit cette œuvre quelques années après la deuxième guerre mondiale.

Aragon conteste la qualification de roman historique ou de roman comparatif entre la route de l’exil vers la Belgique en 1815 et la route de la débâcle en 1940. Pourtant, il est difficile au lecteur de ne pas voir en ce texte, extrêmement bien documenté, la liste des ouvrages consultés pour le rédiger est impressionnante, à la fois l’un et l’autre, à la fois une épopée historique et un parallèle entre deux époques. Tout nous invite à douter de cette contestation : la description du désordre de la fuite, la fidélité à un régime plutôt qu’à un autre, la confrontation entre fidélité et trahison.

Aragon sait admirablement nous faire partager les hésitations et les interrogations. Il tente d’éclairer les considérations qui dictent les choix, pas toujours « politiques », « idéologiques » mais aussi affectives. Il décrit les amitiés rompues, les familles divisées à l’image d’un tableau du peintre Géricault, qui suivit le Roi dans sa route vers l’exil, qui a peint Le Cuirassé blessé en empruntant le corps d’un ami et la tête d’un autre, le premier, Robert Dieudonné, sera bonapartiste, le second, Marc-Antoine d’Aubigny, restera fidèle aux Bourbons.

29.12.2008

Renaud Camus Journal 2005

Parcouru les trois premiers mois de l’année 2005 où l’on retrouve les thèmes récurrents du Journal de Renaud Camus : les difficultés financières et les discussions souvent anxieuses avec les éditeurs ; les regrets inspirés par l’étiolement des codes de politesse ; les manquements à la syntaxe notamment des journalistes de France Culture ; l’ostracisme réel ou supposé lié à ses positions jugées antisémites dans son journal de l’année 2000. Même si ces pages seront considérées par des esprits fâcheux, prompts à traquer la moindre pensée supposée réactionnaire comme une longue (et coupable, forcément coupable) série de « ramassis de vieilles obsessions ridicules, ressassements gâteux, anthologie d’aigreurs vétustes », elles me procurent un plaisir immense, même si parfois « le syndrome de la page bouffie, trop pleine », comme Renaud Camus reconnait en être sujet , me lasse un peu.

Ses attaques contre la « classe unique prolétaro-petite-bourgeoise » sonnent souvent juste quand elles décrivent les nouvelles règles de vivre ensemble (qui sont souvent des règles de non-respect d’autrui) ou l’esprit d’abdication de la culture classique devant la construction d’un ensemble multiethnique et multiculturel qualifiée de « tâche historique de la petite-bourgeoisie » (dont la prétention présidentielle d’épargner aux candidats à des postes de fonctionnaire des questions relatives à la culture (ce qui est en dit long de l’esprit de résignation et de défaite volontaire d’une grande partie des élites (même les moins suspectes d’appartenir à la bonne « pensance » inrockuptible)) est un des exemples les plus tristement fameux).

Parmi les quelques notes prises, je consignerai ici ceci : 

- cette évocation de sa bibliothèque (que je ne peux m’empêcher de reprendre): « Énormité (relative) de ma bibliothèque qui est certainement un des poids les plus lourds de mon existence, et c’est en partie à cause d’elle que je suis ici. » J’ai à l’esprit la photographie de sa bibliothèque dans le château de Plieux, une longue pièce bordée de bibliothèques aux rayons lourds de livres.

- Une référence très courte au 21 janvier dont il dit que c’est « une bien mauvaise date » sans en expliciter les raisons. Chacun l’entendra comme il lui plaira (ou déplaira).

- et, pour un lecteur probable de cette note je reproduis cette phrase sans autre commentaire : « Ainsi une vendeuse de magasin n’aurait-elle pas envisagé de sortir dans la rue « en cheveux » parce que, comme les bourgeoises, elle se distinguait par là même des ouvrières et des filles de mauvaise vie. »

26.12.2008

Qu'ai-je donc fait Jean d'Ormesson

« Qu’ai-je donc fait ? » demande Jean d’Ormesson dans son dernier ouvrage. « Pas grand-chose » répond le vaillant octogénaire. Il porte avec dignité et humour le regret de ne pas être un « grandécrivain » à la hauteur de ses deux maîtres Montaigne et Chateaubriand. Au fil des pages, il distille le témoignage du bonheur de vivre, des souvenirs familiaux, sachant s’arrêter avant d’en dire trop. Education oblige ! Il nous parle de Dieu aussi : « Tout ce qu’on peut faire avec Dieu, ce n’est pas de le connaître ni d’accumuler des arguments pour ou contre son existence. Ce n’est même pas de parler de lui. C’est espérer qu’il existe (c’est moi qui souligne). Jean d’Ormesson n’est probablement pas un grand écrivain mais sa petite musique est enchanteresse et nous nous garantit quelques heures de bonheur qui se prolongent même après avoir replacé le livre dans la bibliothèque.

24.12.2008

Présidence française de l’Europe : au-delà d’un bilan très largement positif

La personnalité du président de la République pouvait nous faire craindre un froissement de nos partenaires européens. Il n’en a rien été (ou presque). Au contraire, Nicolas Sarkozy  a réuni les louanges des groupes parlementaires du Parlement européen (y compris communiste et socialiste). Le président français a su faire entendre la voix de l’Union européenne lors de la crise russo-géorgienne début août et de la crise économique et financière redonnant à l’UE la puissance perdue depuis de nombreuses années. De plus dans de contexte économique difficile, il a su convaincre ses 26 partenaires de signer le paquet énergie-climat lors du dernier sommet européen.

Au-delà du cas particulier de Nicolas Sarkozy, ces six mois ont donné l’illusion d’un retour de l’Union européenne dans le mouvement de l’Histoire. Pourquoi ? La réponse est probablement cruelle pour la Commission européenne, parce qu’un état a été en mesure de donner l’impulsion pour que l’UE apparaisse être un acteur important dans le concert planétaire. La Commission est hélas incapable d’incarner un quelconque dessein européen. Cette défaillance est imputable à la fois à la médiocrité des personnes composant la commission et à l’impossibilité d’avoir une pratique fédérale. Le vent de l’Histoire ne souffle pas, pour l’instant, dans le sens du retrait des États européens devant une structure plus intégrée.

Dans cette perspective, toute initiative visant à améliorer la coopération entre les pays est bienvenue. À cet égard, la nomination de Bruno Le Maire au secrétariat aux affaires européennes peut être une bonne nouvelle si la promesse d’un rapprochement entre la France et l’Allemagne se concrétise.

21.12.2008

Le Voyage dans le passé - Stefan Zweig

Stefan Zweig dans cette nouvelle posthume nous propose une variation autour du thème de l’amour contrarié, de l’amour impossible avec des phrases dont la délicatesse tranche avec le cru (souvent vulgaire) du vocabulaire employé par de nombreux écrivains contemporains. La retenue des mots de l’auteur et la retenue des gestes des deux principaux personnages, ballotés par leur histoire propre, malmenés par l’Histoire (ici, la première guerre mondiale), donnent à ce court récit une force émotionnelle.  

19.12.2008

ouverture du blog

Dans son Journal 2005, Renaud Camus fait de longues observations sur les codes typographiques de ses éditeurs (10, 17, 18 mai), des désaccords et des difficultés que cela lui procurent. Toute chose étant égale par ailleurs, c’est le désagrément de ne pas pouvoir utiliser sur Facebook les caractères en italique et gras qui a ralenti la publication de notes de lecture. D’où ma décision d’ouvrir un blog où je pourrai publier mes commentaires sans subir les contraintes de présentation de Facebook. J’espère que les quelques amis qui m’ont dit lire mes commentaires voudront bien s’y reporter.

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