08.01.2009
Aragon - La Semaine Sainte (2)
La deuxième partie du livre narre les péripéties des armées accompagnant le roi Louis XVIII et les Princes dans leur fuite, poursuivies par les troupes ralliées à Napoléon. Tout n’est que désordre et doute. La description de Louis XVIII, du comte d’Artois, du duc de Berry est piteuse. L’obligation qui leur est faite de licencier les régiments avant le passage de la frontière belge est vécue par les troupes comme une trahison difficilement compréhensible, acceptable. Ces jeunes gens paraissent ne plus savoir à quelle étoile se vouer. Le désespoir affleure. Théodore Géricault pense « il n’y a pas de chemin pour moi dans ce siècle ».
Aragon fait plusieurs considérations sociales digressives, probablement pour satisfaire son lectorat communiste, dont l’intérêt m’a paru limité. Elles auraient contribué à rendre la deuxième partie du roman moins intéressante s’il n’y avait pas eu quelques pages sublimes sur l’accident de cheval, la blessure, la douleur du grenadier Marc-Antoine d’Aubigny, l’attitude de Dieudonné Robert qui, tout commandant d’une troupe bonapartiste qu’il était, fit le maximum pour permettre que le grenadier royaliste fut soigné.
La dernière phrase du roman est très belle : C’est drôle la route n’est plus du tout la même, avec le soleil.
Comment était la route pour ceux qui ont eu la possibilité (la chance ?) de suivre Louis XVIII en Belgique, parcourue en sens inverse après la bataille de Waterloo et la seconde abdication de Napoléon, dans « les fourgons de l’étrange » a retenu l’Histoire, peu aimable pour les protagonistes des deux Restaurations. Il faudra probablement de longues années et de travaux historiques remarquables pour que la Restauration et la monarchie de Juillet soient appréciées sans les préjugés répandus par les bonapartistes et les républicains du XIXe siècle.
Ce roman peut-il nous parler aujourd’hui, à nous qui n’avons pas été confrontés aux grands vents de l’histoire et dont les seuls combats sont la conservation d’ avantages sociaux, le maintien de la publicité à la TV ou le sort réservé aux sans-papiers ? La question de la trahison et de la fidélité ne nous a pas été posée – heureusement. C’est le mérite du temps démocratique et de paix que nous connaissons peu ou prou dont nous oublions parfois la fragilité.
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30.12.2008
Aragon - La Semaine Sainte
Assez étrangement, je n’ai jamais lu le roman d’Aragon, la Semaine Sainte, alors que j’ai lu avec plaisir Les cloches de Bâle, Les voyageurs de l’impériale, Les beaux quartiers, lu et relu Aurélien dont la première phrase est un de mes incipits favoris « La première fois qu’Aurélien vit Béatrice, il la trouva franchement laide ». Cette lacune était d’autant plus étrange que je suis passionné par la période qui commence en 1814, date du retour des Bourbons après l’abdication de Napoléon Ier, et se termine en 1848, date de la chute de Louis-Philippe. La publication du quatrième tome des Œuvres romanesques d’Aragon dans la bibliothèque de La Pléiade me permet de réparer ce manque.
Ce roman se déroule pendant la semaine sainte de l’année 1815, année où le dimanche des Rameaux marqua à la fois le début du printemps et le départ des Tuileries du Roi Louis XVIII à l’approche de Napoléon, volant, comme le chante la tradition bonapartiste, de clocher en clocher depuis l’île d’Elbe jusqu’à Paris. Aragon a écrit cette œuvre quelques années après la deuxième guerre mondiale.
Aragon conteste la qualification de roman historique ou de roman comparatif entre la route de l’exil vers la Belgique en 1815 et la route de la débâcle en 1940. Pourtant, il est difficile au lecteur de ne pas voir en ce texte, extrêmement bien documenté, la liste des ouvrages consultés pour le rédiger est impressionnante, à la fois l’un et l’autre, à la fois une épopée historique et un parallèle entre deux époques. Tout nous invite à douter de cette contestation : la description du désordre de la fuite, la fidélité à un régime plutôt qu’à un autre, la confrontation entre fidélité et trahison.
Aragon sait admirablement nous faire partager les hésitations et les interrogations. Il tente d’éclairer les considérations qui dictent les choix, pas toujours « politiques », « idéologiques » mais aussi affectives. Il décrit les amitiés rompues, les familles divisées à l’image d’un tableau du peintre Géricault, qui suivit le Roi dans sa route vers l’exil, qui a peint Le Cuirassé blessé en empruntant le corps d’un ami et la tête d’un autre, le premier, Robert Dieudonné, sera bonapartiste, le second, Marc-Antoine d’Aubigny, restera fidèle aux Bourbons.
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